Le Jātaka du grand trésor : la bonne personne au bon moment
Vie quotidienne

Le Jātaka du grand trésor : la bonne personne au bon moment

Ukkaṭṭhe sūramicchanti

Dans une crise, on veut les braves ; dans le conseil, les personnes posées et discrètes ; quand la nourriture et la boisson abondent, ceux qu’on aime ; quand survient une affaire profonde, les sages. Avec l’histoire d’un ministre qui usa de sagesse pour retrouver un joyau perdu sans punir d’innocents.

6 points

Dans le Jātaka Mahāsāra de l’Ekanipāta des Jātaka, dans le Khuddaka Nikāya, se trouve une seule stance : quand la guerre éclate, on veut les braves ; quand surviennent des nouvelles alarmantes, on veut les personnes posées ; quand la nourriture et la boisson abondent, on veut ceux qu’on aime ; quand survient une affaire profonde, on veut les sages.

L’histoire provient du commentaire. Le Bodhisatta était ministre du roi Brahmadatta. Un jour, le roi se rendit dans son parc, et les femmes du palais ôtèrent leurs parures, les confièrent à des esclaves et entrèrent dans le bassin. L’esclave de garde s’assoupit, et une guenon prit le collier de perles de la reine et le cacha. Quand l’alerte fut donnée, les hommes du roi poursuivirent un villageois qui s’enfuyait de peur et le battirent jusqu’à ce qu’il avoue faussement pour se sauver et désigne le trésorier. Le trésorier désigna le chapelain royal, le chapelain désigna un musicien, et le musicien désigna une courtisane, ce qui fit cinq suspects.

Le Bodhisatta raisonna que le collier avait été perdu à l’intérieur d’une zone étroitement gardée où aucun étranger ne pouvait entrer, et que chaque accusation n’avait probablement été faite que pour sauver celui qui la prononçait. Il fit garder les cinq ensemble pendant que ses hommes écoutaient en secret, et apprit par leurs propos que les accusations étaient fausses ; il sut ainsi qu’aucun d’eux n’était le voleur. Soupçonnant les singes du parc, il fit mettre à d’autres singes des parures faites de résine d’arbre. La guenon qui cachait le collier ne put résister à l’envie de sortir les perles pour se faire valoir, et les guetteurs l’effrayèrent pour qu’elle le laisse tomber. Le roi, ravi, prononça la stance en guise d’éloge. Selon le commentaire, le Bouddha raconta cette histoire quand Ānanda aida le roi du Kosala à retrouver un joyau perdu sans mettre beaucoup de gens dans la peine.

  1. 1

    Dans une crise, on veut les braves Ukkaṭṭhe sūramicchanti

    L’édition royale thaïe le rend ainsi : quand la guerre éclate, on veut les braves. Le commentaire l’explique comme un moment critique où deux camps se rapprochent, où l’on veut quelqu’un qui ne recule pas, et une telle personne devrait alors prendre la tête.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Quand votre équipe traverse une crise, comme une panne informatique ou une plainte sérieuse d’un client, laissez une personne calme et décidée coordonner.

  2. 2

    Dans le conseil, on veut les personnes posées Mantīsu akutūhalaṃ

    L’édition royale thaïe le rend ainsi : quand surviennent des nouvelles alarmantes, on veut les personnes posées. Le commentaire explique que, lorsqu’on délibère sur ce qu’il faut faire ou non, on veut quelqu’un qui ne bavarde pas et ne laisse pas fuiter ce qui a été discuté.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Quand vous devez parler de quelque chose de délicat, comme un problème familial ou une question de personnel, adressez-vous à quelqu’un qui garde les confidences, et non à quelqu’un qui aime répéter les choses.

  3. 3

    Quand la nourriture abonde, on veut ceux qu’on aime Piyañca annapānamhi

    Quand la nourriture et la boisson abondent, on veut ceux qu’on aime. Le commentaire explique que, lorsqu’il y a de bons plats, on veut des êtres chers avec qui les partager. Ce genre de bonheur n’a pas besoin des plus compétents, mais des plus proches.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Quand il y a quelque chose de bon à célébrer, invitez votre famille ou vos amis proches. Ne réservez pas les bons moments aux seules personnes utiles à votre travail.

  4. 4

    Une affaire profonde demande les sages Atthe jāte

    Quand survient une affaire profonde, on veut les sages. Le commentaire explique que, lorsqu’une affaire ou un problème profond se présente, on veut quelqu’un qui a la sagesse de voir une issue.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Face à un problème complexe, comme une question juridique, médicale ou financière importante, consultez quelqu’un qui s’y connaît vraiment, plutôt que celui qui parle le plus fort.

  5. 5

    Les aveux nés de la peur ne sont pas fiables Mahāsārajātakaṃ

    Dans le commentaire, le villageois battu pense que s’il nie l’avoir pris, il ne survivra pas ; il avoue donc faussement et désigne quelqu’un d’autre. Chaque personne désignée avoue à son tour et en désigne une autre, pour ses propres raisons. Le Bodhisatta voit que ces paroles ont été dites pour se tirer d’affaire et ne se hâte pas de juger.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Quand vous interrogez un enfant ou un employé au sujet d’une faute, n’utilisez pas la menace pour arracher un aveu. Une personne effrayée peut avouer quelque chose qu’elle n’a pas fait.

  6. 6

    User de sagesse plutôt que de mettre les gens dans la peine Mahāsārajātakaṃ

    Le commentaire rapporte que le Bodhisatta examina les circonstances, écouta comment les suspects parlaient entre eux et usa d’un stratagème pour que la guenon révèle elle-même le collier. Dans l’histoire du présent, Ānanda proposa de même un moyen pour que le voleur rende le joyau sans que beaucoup de gens soient détenus.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Quand quelque chose disparaît au travail, essayez d’offrir un moyen de le rendre sans perdre la face, et vérifiez les autres possibilités avant de porter des accusations.

À essayer dans la vie quotidienne

Cette stance nous invite à cesser de chercher quelqu’un de bon en tout, et à nous demander plutôt de quelles qualités la situation présente a besoin. Les braves conviennent à une crise, les personnes calmes et discrètes à la consultation, les êtres chers aux repas partagés, et les sages aux problèmes complexes.

L’histoire du commentaire porte aussi une leçon très moderne : un aveu obtenu par la menace ou les coups n’est pas fiable. Les gens effrayés diront n’importe quoi pour s’en tirer, et une chaîne d’accusations propage le mal d’un innocent à l’autre.

Quand quelque chose disparaît à la maison ou au travail, restez calme avant d’accuser qui que ce soit, et examinez les indices et toutes les possibilités. Parfois, la réponse se trouve là où personne n’a pensé à chercher.

Sources dans le Tipiṭaka

Touchez pour lire le passage sur la page citée.

Autres principes à découvrir

Connectez-vous pour gagner 40 points de mérite en lisant cette page