La Theragāthā sur les origines modestes : une valeur qui ne vient pas de la naissance
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Sattasuriyasuttaṃ
Les formations sont impermanentes, instables et indignes de confiance. Même ce qui semble le plus solide, le grand océan, la terre et le mont Sineru, finit par s’assécher et brûler à mesure que les soleils apparaissent l’un après l’autre, jusqu’à sept. Cela suffit pour se désenchanter et lâcher prise.
Dans le Suriya Sutta (Sattasūriya Sutta), au Grand Chapitre du Livre des Sept de l’Aṅguttara Nikāya, le Bouddha, séjournant au bosquet d’Ambapālī près de Vesālī, dit aux moines que les formations sont impermanentes, instables et qu’on ne peut s’y fier. Cela suffit pour se désenchanter de toutes les formations, cela suffit pour s’en détacher, cela suffit pour en être libéré.
Il présente ensuite un tableau du monde, tel que le raconte le discours, étape par étape. D’abord, aucune pluie ne tombe pendant des centaines et des milliers d’années, et les plantes se flétrissent. Puis un deuxième soleil apparaît, et ainsi de suite jusqu’à un septième. Les ruisseaux, les grands fleuves, l’océan, et enfin la terre et le mont Sineru s’assèchent et brûlent jusqu’à ce qu’il ne reste même pas de cendre. Chaque étape s’achève sur le même refrain : ainsi en est-il des formations.
À la fin, il parle d’un maître du passé nommé Sunetta, qui développa la bienveillance et devint maintes fois Grand Brahmā, Sakka et monarque qui fait tourner la roue, vivant pendant un temps immensément long, sans pour autant être libéré de la naissance, de la vieillesse, de la maladie et de la mort, parce qu’il ne s’était pas éveillé à la noble vertu, à la noble concentration, à la noble sagesse et à la noble délivrance.
Le Bouddha pose le thème d’entrée : les formations sont impermanentes, instables et on ne peut s’y fier. Il répète cette phrase après chaque étape, afin que chaque image qui suit soit vue comme un exemple du même principe.
Quand vous sentez que quelque chose dans votre vie « doit rester ainsi pour toujours », demandez-vous si cela pourrait un jour changer, et préparez un peu votre esprit à l’avance.
Il décrit d’abord une époque où aucune pluie ne tombe pendant de nombreuses années, des centaines, des milliers, des centaines de milliers d’années. Les plantes à graines, les herbes médicinales et les grandes forêts se flétrissent et meurent. Ce qui vit dépend de conditions ; quand les conditions disparaissent, cela ne peut durer.
Regardez ce qui vous tient à cœur, comme votre santé ou une relation, demandez-vous de quelles conditions cela dépend, et prenez soin de ces conditions au lieu de supposer que cela se maintiendra tout seul.
Quand un deuxième soleil apparaît, les ruisseaux et les petites rivières s’assèchent. Quand un troisième apparaît, les grands fleuves, le Gange, la Yamunā, l’Aciravatī, la Sarabhū et la Mahī, s’assèchent. Quand un quatrième apparaît, même les grands fleuves, là où ils confluent, n’ont plus d’eau.
Le changement vient souvent par étapes plutôt que d’un seul coup. Si vous remarquez tôt les petits signes, comme votre corps qui commence à se fatiguer, vous avez plus de temps pour vous adapter.
Quand un cinquième soleil apparaît, l’océan, profond de centaines de lieues, baisse jusqu’à la hauteur de sept palmiers, puis à la taille d’un homme, jusqu’à la taille, jusqu’aux genoux, jusqu’aux chevilles, jusqu’à ce que l’eau ne demeure plus que dans les empreintes de sabots de vaches, comme des flaques après la pluie en saison sèche, puis il n’en reste même pas la profondeur d’un doigt.
Les choses qui semblent « inépuisables », comme le temps de votre vie ou les forces de vos parents, peuvent elles aussi s’amenuiser. Consacrez le temps qui vous reste à ce qui compte vraiment.
Quand un sixième soleil apparaît, la terre et le mont Sineru fument comme des pots que cuit un potier. Quand un septième apparaît, la terre et le mont Sineru s’embrasent, les sommets s’effondrent, et quand tout a brûlé, il ne reste ni cendre ni suie, comme du ghee ou de l’huile consumés par le feu.
Si même la montagne du discours ne laisse aucune cendre derrière elle, l’erreur ou la gêne d’hier peut passer aussi. Vous n’avez pas à la porter comme si elle était permanente.
Le Bouddha dit : qui saurait, qui croirait que la terre et le mont Sineru brûleront et périront sans reste, sinon les nobles disciples qui ont vu le chemin ? L’impermanence de ce qui paraît solide est difficile à accepter pour les esprits ordinaires.
Remarquez que nous acceptons facilement l’impermanence des « choses des autres », mais difficilement celle des nôtres. Exercez-vous d’abord à l’accepter avec de petites choses qui vous appartiennent.
Le maître du passé Sunetta était exempt de passion sensuelle et avait des centaines de disciples, à qui il enseignait le chemin du monde de Brahmā. Il développa ensuite la bienveillance pendant sept ans, ne revint pas en ce monde pendant sept éons de contraction et d’expansion, devint Grand Brahmā, fut Sakka trente-six fois, et fut des centaines de fois un juste monarque qui fait tourner la roue. Pourtant, il n’était toujours pas libéré de la naissance, de la vieillesse, de la maladie, de la mort, du chagrin et de la souffrance.
La réussite mondaine est bonne et accessible, mais n’y placez pas vos espoirs ultimes. Réservez aussi chaque jour un peu de temps pour entraîner l’esprit.
Le Bouddha dit que Sunetta ne fut pas libéré parce qu’il n’avait pas compris ni pénétré quatre choses : la noble vertu, la noble concentration, la noble sagesse et la noble délivrance. Lui-même a compris les quatre, déraciné le désir avide d’existence, et il n’y a plus de nouvelle existence.
Une fois que vous voyez l’impermanence, ne vous arrêtez pas à la mélancolie. Transformez-la en action, par exemple en observant un précepte un peu mieux ou en vous asseyant brièvement en méditation chaque jour.
Les sept soleils sont une description du cosmos telle que la raconte le discours ; il n’est pas nécessaire de la lire comme un manuel d’astronomie. Le point qui vaut à toute époque est celui-ci : si même les océans et les montagnes que les anciens croyaient éternels sont impermanents, alors les petites choses auxquelles nous nous accrochons chaque jour, notre travail, notre position, nos biens et notre corps, le sont d’autant plus.
Voir cela ne vise pas à décourager. Cela nous aide à tenir les choses plus légèrement : nous pouvons nous en servir et en prendre soin sans y placer tout notre bonheur, de sorte que, lorsqu’elles changent, nous ne nous effondrons pas.
L’histoire de Sunetta rappelle que même la plus haute réussite mondaine n’est pas une issue à la souffrance. Ce qui mérite vraiment qu’on s’y investisse, c’est la vertu, la concentration et la sagesse qui mènent à la délivrance.
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