Les dix remémorations
Dasa anussatiyoDix choses à se remémorer quand l’esprit a besoin de quelque chose à quoi se tenir — choisissez celle qui corr…
Akkantañca padaṃ disvā
Des Apadāna de personnes qui ne rencontrèrent pas le Bouddha face à face, mais n’en virent que des traces — une empreinte de pied dans la terre, une robe de haillons suspendue à la cime d’un arbre, le pan d’une robe flottant dans le ciel, un arbre, un cerf doré — et s’en servirent pour se remémorer le Bouddha.
Dans l’Apadāna du Khuddaka Nikāya, il existe un groupe d’anciens dont le nom se termine en -saññaka, comme Padasaññaka, Susaññaka, Gatasaññaka et Nimittasaññaka. Saññā désigne ici une perception, ou le fait de tourner l’esprit vers le Bouddha. Ces stances répètent la ligne finale « tel est le fruit de la perception du Bouddha », et ce qui fait naître cette perception n’est généralement pas le Bouddha en personne, mais une trace qu’il a laissée derrière lui.
Cette page puise dans le Nāgasamāla Vagga (8e), le Hatthi Vagga (22e), l’Ārakkhadāyaka Vagga (32e), l’Ummāpupphiya Vagga (33e), le Saddasaññaka Vagga (36e) et le Bodhivandana Vagga (38e). L’histoire de la robe de haillons à la cime d’un arbre apparaît trois fois, dans trois chapitres, en des termes très semblables.
Ces histoires sont des exemples de remémoration du Bouddha (buddhānussati) qui part des choses qui nous entourent. Les stances n’enseignent pas le culte d’un objet pour lui-même ; elles se servent de l’objet comme d’une porte par laquelle l’esprit rejoint les qualités de celui qui a laissé la trace. Les récompenses décrites à la fin relèvent de l’idiome de louange propre à ce recueil.
Padasaññaka Thera (Nāgasamāla Vagga, 8e) vit l’empreinte de pied laissée par le Bienheureux Tissa. Heureux et joyeux, il rendit son esprit confiant en cette empreinte. La stance est très courte et se termine ainsi : tel est le fruit de la perception de l’empreinte. Il ne rencontra pas celui qui était passé ; il trouva seulement ce qui montrait que quelqu’un avait marché par là.
Quand vous passez devant votre ancienne école, la maison d’un enseignant ou un lieu où des personnes de bien ont travaillé, faites une pause pour vous rappeler ce qu’elles ont fait, au lieu de passer tout droit.
Sakoṭakakoraṇḍadāyaka Thera (Saddasaññaka Vagga, 36e) tomba sur l’empreinte de pied du Bouddha Sikhī. Il disposa sa peau de tigre sur une épaule et rendit hommage à l’empreinte. Voyant non loin un buisson de koraṇḍa en fleurs, il cueillit une fleur avec sa tige et honora la marque de la roue dans l’empreinte. Il se servit de ce qu’il avait sous la main, à cet endroit même.
Témoigner son souvenir n’exige pas d’acheter quelque chose de coûteux. Une fleur du jardin ou un mot de remerciement écrit à la main conviennent tout aussi bien.
Susaññaka Thera (Nāgasamāla Vagga, 8e) et Ekasaññaka Thera (Hatthi Vagga, 22e) racontent presque mot pour mot la même histoire : ils virent la robe de haillons du Maître suspendue à la cime d’un arbre, joignirent les mains dans cette direction et lui rendirent hommage. Hāsajanaka Thera (Ummāpupphiya Vagga, 33e) ajoute que la joie naquit en lui en la voyant de loin, et qu’il s’écria à voix haute. Une robe de haillons est faite d’étoffe ramassée sur des tas d’ordures ou dans des charniers — la chose la plus humble aux yeux de la plupart des gens —, et pourtant elle réjouit le cœur de ces hommes.
Les choses simples qu’un enseignant ou un parent a utilisées jusqu’à l’usure — la même paire de chaussures, l’unique sac porté pendant des années — enseignent parfois le contentement mieux que des paroles.
Gatasaññaka Thera (Ārakkhadāyaka Vagga, 32e) ouvre sa stance ainsi : dans le ciel, il n’y a pas d’empreintes. Il vit le Bouddha Siddhattha voyager dans les airs et vit sa robe, dont le pan flottait au vent. Une grande joie naquit, comme s’il avait vu le sage lui-même s’en aller. Là où il n’y avait aucune trace à suivre, il trouva encore quelque chose par quoi se souvenir.
Certaines personnes que nous respectons ne nous ont rien laissé à garder. Mais leur enseignement, les habitudes qu’elles ont plantées en nous et la manière dont elles traitaient les autres sont des traces dont nous pouvons nous souvenir chaque jour.
Sandhita Thera (Hatthi Vagga, 22e) dit qu’auprès d’un arbre assattha à l’éclat vert et frais, attentif et vigilant, il obtint une seule perception tournée vers le Bouddha. La stance dit que cette perception le porta jusqu’à la destruction des influx. Elle ne dit pas qu’il ait fait quoi que ce soit ; il n’y a que l’attention et la remémoration.
Se remémorer les qualités du Bouddha n’a pas besoin de prendre longtemps. Profitez d’un bref instant assis sous un arbre ou en attendant le bus : posez votre attention et rappelez-vous clairement une qualité.
Bodhivandaka Thera (Bodhivandana Vagga, 38e) vit un arbre pāṭali qui poussait magnifiquement de la terre. Il disposa sa robe sur son épaule gauche, joignit les mains et rendit hommage à l’arbre avec soin, comparant cela au fait de s’incliner face à face devant le Parfaitement Éveillé Vipassī. La stance appelle cet arbre un arbre de la Bodhi. L’arbre était l’intermédiaire ; ce qu’il honorait réellement se trouvait dans son esprit.
Quand vous vous inclinez devant une image du Bouddha, rappelez-vous clairement quelle qualité du Bouddha vous honorez — sa sagesse ou sa compassion. La prosternation signifie alors davantage que le simple respect d’une coutume.
Nimittasaññaka Thera (Ummāpupphiya Vagga, 33e) vivait dans un ermitage près de la rivière Candabhāgā. Il vit un cerf doré errer dans les bois, sentit la confiance naître à cette vue, puis se remémora le Bouddha — les Bouddhas du passé, du présent et de l’avenir — qui brillent comme le roi des animaux. Dans cette histoire, il n’y a aucune trace du Bouddha, seulement un bel animal qui tourna son esprit dans cette direction.
La beauté de la nature aperçue dans la journée — le ciel du matin, un oiseau dans un arbre — peut être un point de départ pour que l’esprit se tourne vers ce qui est bon. Cela n’a pas besoin de se produire seulement dans un temple.
Beaucoup de gens gardent des souvenirs d’un enseignant, d’un parent ou d’une personne disparue — une écriture, une paire de lunettes, une vieille chemise. Ce groupe d’apadāna suggère d’utiliser ces objets avec une direction : quand vous les voyez, laissez l’esprit se remémorer les bonnes qualités de leur propriétaire, plutôt que de rester coincé dans la seule nostalgie ou la seule tristesse.
Cette habileté peut s’exercer avec des choses de tous les jours. Un ancien se remémora le Bouddha en voyant un cerf doré, un autre en voyant un arbre. Nous aussi, nous pouvons nous servir de ce que nous voyons chaque jour — une image du Bouddha dans la voiture, l’arbre devant la maison — comme d’un signal pour faire une pause et nous rappeler un instant quelque chose de bon.
La mise en garde est qu’un souvenir a de la valeur parce qu’il conduit l’esprit vers la vertu. S’il commence à susciter la possessivité, des querelles pour savoir qui le gardera, ou la croyance que l’objet lui-même nous protège, nous nous sommes éloignés de ce que décrivent ces stances.
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