La Corbeille de la conduite : récits de renoncement et de détermination
Vie quotidienne

La Corbeille de la conduite : récits de renoncement et de détermination

Sabbaññutaṃ piyaṃ mayhaṃ

Le prince Yudhañjaya est ému en voyant une goutte de rosée sécher au soleil ; le prince Somanassa perce à jour un ascète imposteur ; le prince Ayoghara grandit dans une maison de fer ; les familles de Bhisa et de Soṇananda quittent le foyer ensemble ; et le prince Mūgapakkha tient ferme sa résolution — tous sans haïr leurs parents ni eux-mêmes.

7 points

Dans le Cariyāpiṭaka du Khuddaka Nikāya, la troisième section, intitulée la perfection du renoncement et les autres, contient quinze récits. Cette page rassemble les six premiers : la conduite de Yudhañjaya, de Somanassa, d’Ayoghara, de Bhisa, du sage Soṇananda et de Mūgapakkha, qui est le prince Temiya.

Ce sont tous de courtes stances que le Bouddha raconte à la première personne. Les cinq premiers ne nomment pas de perfection dans leurs stances, mais ils figurent dans cette section et sont traditionnellement comptés comme relevant de la perfection du renoncement. Le récit de Mūgapakkha se termine ainsi : « Telle fut ma perfection de la détermination. » Des versions plus complètes et plus détaillées se trouvent dans les Jātaka et leur commentaire ; cette page ne raconte que ce qui figure dans les stances du Cariyāpiṭaka.

Un vers répété plusieurs fois dit : ma mère et mon père ne m’étaient pas odieux, ni une grande renommée, mais l’omniscience m’était chère. Le lâcher-prise naît de ce qu’on voit quelque chose de plus grande valeur, non de l’aversion.

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    La goutte de rosée de Yudhañjaya Ussāvabinduṃ suriyātape patitaṃ disvāna saṃvijiṃ

    Le prince Yudhañjaya voit une goutte de rosée s’évaporer à la lumière du soleil et est saisi d’un sentiment d’urgence. Prenant cette impermanence comme pensée directrice, il s’incline devant ses parents et demande à quitter le foyer. Bien que les habitants de la ville et son père le supplient de régner, il abandonne le royaume, ses proches et sa renommée sans regret.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Choisissez une image ordinaire, comme les gouttelettes sur une vitre qui ont séché en fin de matinée, pour vous rappeler que le temps est compté. Puis demandez-vous ce qui compte vraiment aujourd’hui.

  2. 2

    Ne pas haïr ses parents, mais aimer quelque chose de plus élevé Mātā pitā na me dessā

    Les récits de Yudhañjaya et d’Ayoghara se terminent par les mêmes mots : ma mère et mon père ne m’étaient pas odieux, ni une grande renommée, mais l’omniscience m’était chère ; c’est pourquoi j’abandonnai le royaume. Le récit de Somanassa dit de même qu’il ne haïssait ni le royaume ni les plaisirs des sens.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Quand vous devez renoncer à quelque chose, comme les soirées tardives ou un certain cercle d’amis, expliquez ce que vous choisissez sans condamner ce que vous quittez.

  3. 3

    Somanassa voit le cœur creux Thusarāsiṃva ataṇḍulaṃ

    Le prince Somanassa voit l’ascète que son père favorise comme un tas de balle sans riz, un arbre creux à l’intérieur, un bananier sans cœur de bois. L’ascète, irrité d’avoir été salué du nom de « maître de maison », calomnie le prince, et le roi ordonne son exécution. Le prince demande à être conduit devant le roi, lui explique la chose jusqu’à ce que le roi comprenne et lui demande pardon, puis il quitte le foyer.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Ne jugez pas les gens sur une image de piété ou de réussite. Et si vous êtes faussement accusé, demandez calmement l’occasion de vous expliquer auprès de celui qui prend la décision.

  4. 4

    Ayoghara : élevé dans une maison de fer Nibbutiṃ pariyesissaṃ yattha maṃ maccu na maddiye

    Le prince Ayoghara grandit dans une étroite maison de fer. Quand son père lui offre le royaume, il répond que les autres êtres grandissent dans leur propre demeure parmi les leurs, tandis que lui a été élevé dans un lieu sombre et exigu ; s’il se complaisait encore dans la royauté, il serait le plus vil des vils. Il cherchera la paix que la mort ne peut écraser et, brisant ses liens, entre dans la forêt comme un éléphant.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Les épreuves passées peuvent nous pousser à poser des questions plus profondes sur ce dont la vie a besoin, plutôt qu’à courir seulement après ce qui nous a manqué autrefois.

  5. 5

    Bhisa et Soṇananda : des familles entières quittent le foyer Nekkhammābhirato ahaṃ

    Le brahmane Bhisa, l’aîné de sa fratrie, voit l’existence comme un danger. Des amis envoyés par ses parents le pressent de perpétuer la lignée familiale, mais leurs paroles lui font l’effet d’un soc de charrue chauffé au rouge. Il répond simplement qu’il ne veut pas de la vie de maître de maison. En l’entendant, ses parents disent : alors, quittons tous le foyer. Le sage Soṇa, de même, part pour la forêt avec son jeune frère Nanda et leurs parents.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Quand vous changez de mode de vie, dites-le honnêtement à votre foyer. Parfois, ceux dont vous craignez l’opposition sont ceux qui veulent vous suivre.

  6. 6

    Mūgapakkha : la triple résolution Tayo aṅge adhiṭṭhahiṃ

    Le prince Temiya s’éveille, voit le parasol blanc et est saisi de peur, se rappelant qu’il l’a autrefois mené en enfer. Une divinité lui conseille de paraître idiot ; il prend alors la résolution d’être muet, sourd et paralysé, et s’y tient pendant seize ans. Bien que mis à l’épreuve de bien des manières, et même lorsque le cocher creuse une fosse pour l’enterrer, il ne rompt pas sa résolution. Les stances se terminent ainsi : « Nul ne m’égale en détermination. »

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Fixez-vous une intention claire et mesurable, comme ne pas mentir même sur de petites choses, et observez quelles pressions viennent la mettre à l’épreuve.

  7. 7

    Ne pas se haïr soi-même non plus Attā me na ca dessiyo

    Le récit de Mūgapakkha modifie légèrement le refrain : ma mère et mon père ne m’étaient pas odieux, et je ne m’étais pas odieux à moi-même, mais l’omniscience m’était chère ; c’est pourquoi je pris cette résolution. L’endurance suprême de ce récit ne vient pas du fait de se tourmenter ou de se mépriser.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Quand vous vous imposez une discipline, vérifiez que votre motivation est le désir de devenir une meilleure personne, et non le sentiment de ne rien valoir.

À essayer dans la vie quotidienne

Pour la plupart des gens, le renoncement n’a pas besoin de signifier l’ordination. Il peut consister à prendre du recul par rapport à ce qui entraîne l’esprit dans des directions peu utiles — supprimer des achats superflus ou éviter les écrans avant de dormir, par exemple — sans mépriser la vie que vous avez.

Ces récits sont des idéaux du Bodhisatta. Dans la vie réelle, les grandes décisions doivent être discutées ouvertement en famille. Dans les stances mêmes, Yudhañjaya demande la permission de ses parents, et dans certains récits des familles entières décident de quitter le foyer ensemble. Et Temiya feignant d’être muet ne nous enseigne pas non plus à tromper nos proches dans la vie de tous les jours.

La détermination consiste à prendre une résolution et à ne pas reculer. Elle vaut aussi pour de petits objectifs, comme observer un précepte avec constance, pourvu que la résolution vienne de la bienveillance envers vous-même, non d’un désir de vous punir.

Sources dans le Tipiṭaka

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