Les stances moyennes des moniales anciennes : savoir quelle voix écouter
TherīgāthāDes moniales qui ont écouté l’enseignement d’une maîtresse, d’une mère et de bons amis jusqu’à ce que leur esp…
Vidhurajātakaṃ
Le roi perd une partie de dés contre le yakkha Puṇṇaka. Le sage Vidhura répond pourtant avec vérité, même si cette réponse signifie qu’il doit être emmené. Il passe trois jours à instruire sa famille sur le service du roi, et lorsque le yakkha s’apprête à le tuer, il enseigne le Dhamma jusqu’à ce que le yakkha le laisse partir. À la fin, il est révélé que la sagesse est le cœur du sage.
Dans le Jātaka de Vidhura du Mahānipāta, Khuddaka Nikāya, le texte canonique se compose de stances réparties en sections, comme la section des dés, les questions sur la vie de famille, la conduite d’un serviteur royal (rājavasati) et la section sur le Dhamma des personnes de bien. Le récit qui relie les stances provient du commentaire des Jātaka (Jātakaṭṭhakathā). Le Bodhisatta naît sous les traits de Vidhura le sage, le ministre qui instruisait le roi Dhanañcaya Koravya d’Indapatta en matière de bien-être et de Dhamma. Dans l’ordre traditionnel des dix grands Jātaka, c’est le récit de la perfection de la véracité (sacca-pāramī).
Dans les stances, la reine Vimalā, épouse du roi des nāgas Varuṇa, désire ardemment le cœur de Vidhura. Leur fille Irandatī cherche un époux capable de le lui apporter, et le yakkha Puṇṇaka se propose. Il apporte une gemme magique, défie le roi Dhanañcaya aux dés, gagne, et demande Vidhura comme prix. Quand le roi refuse, ils vont demander à Vidhura lui-même s’il est l’esclave du roi ou son parent. Vidhura répond avec vérité qu’il est le serviteur du roi, et Puṇṇaka le gagne donc. Vidhura demande trois jours pour instruire sa famille, puis part avec le yakkha. Le yakkha a l’intention de le tuer pour prendre son cœur, mais Vidhura enseigne le Dhamma des personnes de bien jusqu’à ce que le yakkha le relâche. Il demande même à rencontrer le roi des nāgas, répond aux questions à la satisfaction du roi des nāgas et de la reine Vimalā, et revient à Indapatta avec la gemme.
À la fin, le roi Varuṇa dit dans les stances que la sagesse elle-même est le cœur du sage. Le commentaire explique que la reine Vimalā avait voulu entendre le Dhamma de Vidhura dès le début. La manière dont la reine entendit parler de sa renommée, et d’autres détails qui relient le récit, proviennent aussi du commentaire.
Puṇṇaka gagne aux dés et demande Vidhura. Le roi dit que Vidhura est comme sa propre vie et ne peut être comparé à des richesses ; le yakkha propose donc de le demander à Vidhura lui-même. Vidhura répond qu’il existe quatre sortes d’esclaves, que lui aussi est le serviteur du roi et le reste où qu’il aille, et que si le roi le donne en gage, il doit le donner avec droiture. Cette réponse signifie que le roi doit le remettre au yakkha.
Quand on vous interroge sur des faits qui vous désavantagent, comme une erreur au travail qui était la vôtre, répondez d’abord avec vérité, puis cherchez un moyen de réparer.
Le roi demande comment un maître de maison peut vivre en sécurité et ne pas s’affliger dans le monde suivant. Vidhura répond : ne mangez pas seul les mets raffinés ; ne vous livrez pas à des bavardages qui ne développent pas la sagesse ; soyez vertueux, vigilant, humble et sans avarice ; parlez avec douceur ; aidez vos amis ; partagez ; soutenez les renonçants et les brahmanes ; aimez le Dhamma ; et allez avec respect interroger les personnes vertueuses et instruites.
Choisissez un point à pratiquer cette semaine, comme partager une friandise avec votre famille avant d’en manger, ou réduire les commérages et employer ce temps à écouter ou lire quelque chose d’utile.
Quand le yakkha veut l’emmener sur-le-champ, Vidhura reconnaît qu’il appartient désormais au yakkha, mais demande trois jours pour instruire sa femme et ses enfants, et le yakkha accepte. Il appelle ses enfants pour les instruire, met en ordre les affaires de la maison, leur parle des richesses, des trésors cachés et des dettes, confie sa famille au roi, et ce n’est qu’ensuite qu’il dit au yakkha qu’il est prêt.
Rangez les documents importants, les comptes, les dettes et les mots de passe essentiels pour que votre famille sache où ils se trouvent, au cas où vous disparaîtriez soudainement, afin qu’elle ne soit pas en difficulté.
Vidhura enseigne à ses enfants que celui qui est au service du roi ne doit être ni trop hardi ni trop timide ; qu’il doit travailler avec constance, comme une balance au fléau bien horizontal ; qu’il ne doit rien prendre au trésor royal ; qu’il ne doit pas se comporter en égal du roi ni le considérer comme un camarade de jeu ; qu’il ne doit ni trop parler ni toujours se taire, mais parler avec mesure le moment venu, avec vérité et douceur, sans calomnie ; qu’il ne doit pas se mettre en colère quand on le réprimande ; et qu’il ne doit pas placer des parents dénués de vertu à des postes de responsabilité, mais nommer plutôt des personnes vertueuses et diligentes.
Au travail, n’utilisez les biens de l’entreprise que pour le travail, ne placez pas des proches inadaptés à des postes, et quand votre patron est contrarié, répondez calmement plutôt que de répliquer aussitôt.
Quand Vidhura prend congé, le roi, qui ne veut pas le voir partir, évoque une issue violente et injuste. Vidhura répond : ne mettez pas votre cœur dans ce qui est injuste ; appliquez-vous au bien-être et au Dhamma. Les actes malsains sont blâmés par les sages. Lui-même n’éprouve aucune colère, et il prend donc congé.
Quand quelqu’un qui vous aime propose de vous aider d’une manière incorrecte, comme faire jouer des relations, mentir ou nuire à l’autre partie, remerciez-le de ses bonnes intentions, mais refusez clairement.
Le yakkha lui dit de s’accrocher à la queue du cheval et lui dit que c’est son dernier regard sur le monde des humains. Vidhura répond : pourquoi aurais-je peur, puisque je n’ai commis, en actes, en paroles ou en pensées, aucun mal qui mène à une mauvaise destination ? Même en danger de mort, il parle au yakkha sans crainte, et dit plus tard que, n’ayant commis de mal nulle part, il ne recule pas devant la mort qui peut venir.
Vivez de façon à n’avoir rien à cacher. Le calme, le jour où l’on fait l’objet d’une enquête ou d’une accusation, vient souvent de ce que l’on sait n’avoir rien fait de mal.
Apprenant pourquoi le yakkha veut le tuer, Vidhura demande à enseigner d’abord le Dhamma et donne quatre points : faites du bien à celui qui vous invite, même si vous êtes des inconnus ; ne pensez pas de mal de celui qui vous a donné abri et nourriture, ne serait-ce que pour une seule nuit ; ne trahissez pas un ami, de même que vous ne brisez pas la branche de l’arbre qui vous donne de l’ombre ; et ne tombez pas sous l’emprise de celui qui, bien qu’honoré, méprise celui qui l’honore (les stances donnent l’exemple d’une femme qui méprise son mari). Le yakkha se rappelle qu’il a séjourné trois jours dans la maison de Vidhura et le laisse partir.
Quand quelqu’un est en colère et s’apprête à vous faire du mal, si c’est suffisamment sûr, invitez-le à parler de ses raisons et de la relation que vous aviez autrefois, plutôt que de répondre par la violence.
Dans le monde des nāgas, Vidhura demande au roi des nāgas comment il a obtenu son palais. Le roi des nāgas répond qu’il lui vient du don fait avec respect lorsqu’il était humain. Vidhura lui conseille, puisqu’il n’y a pas de renonçants à qui donner dans le monde des nāgas, de s’abstenir de nuire à ses enfants, à sa femme, à ses proches et à ses serviteurs par le corps et la parole, et dit que la qualité du sage se révèle dans les moments de danger. Enfin, le roi des nāgas dit que la sagesse elle-même est le cœur du sage, et fait raccompagner Vidhura chez lui par Puṇṇaka.
Quand les circonstances changent au point que vous ne pouvez plus faire le bien comme avant, trouvez le bien que vous pouvez faire là où vous êtes. Par exemple, si vous n’avez pas d’argent à donner, commencez par ne pas blesser vos proches par vos paroles.
Ce qui frappe chez Vidhura, c’est qu’il dit la vérité même quand elle lui coûte tout, et qu’il reste assez calme pour enseigner le Dhamma à celui qui s’apprête à lui faire du mal. Dans la vie moderne, c’est l’intégrité le jour où un petit mensonge nous sauverait.
La conduite d’un serviteur royal est un guide pour les courtisans d’une monarchie antique. Certains points, comme ne pas contredire son maître, doivent être adaptés, et ils ne signifient pas accepter de mal agir : Vidhura lui-même s’y opposa quand le roi s’apprêtait à agir de façon injuste.
Les scènes où le yakkha tente de lui faire du mal ne sont racontées que brièvement sur cette page. L’essentiel est un esprit inébranlable parce qu’il n’a commis aucun mal, et le fait de répondre à la violence par le Dhamma.
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