Les cinq forces
Pañca balāniCinq forces du pratiquant — la foi, l’énergie, l’attention, la concentration et la sagesse — à maintenir en éq…
Tathāgatabalaṃ sāvakasādhāraṇaṃ
Un camp soutient que les pouvoirs du Tathāgata sont partagés par les disciples. Le Theravāda fait remarquer que les disciples ne sont pas omniscients et ne font pas naître un chemin non encore apparu, mais admet que la destruction des influx n’est pas différente chez le Tathāgata et chez un disciple, et que, parmi ces pouvoirs, seule la connaissance de la destruction des influx est noble.
Dans la Balakathā du Kathāvatthu, volume 37 du Tipiṭaka, au début du chapitre 3, l’opposant (paravādī) admet que les pouvoirs du Tathāgata sont partagés par les disciples. Le Theravādin (sakavādī) demande : le pouvoir du Tathāgata est-il alors le pouvoir des disciples ? L’effort antérieur d’un disciple, sa conduite antérieure, sa manière de parler du Dhamma et d’enseigner le Dhamma sont-ils semblables à ceux du Tathāgata ? Un disciple est-il un Vainqueur, un Maître, un Parfaitement Éveillé, un omniscient ? L’opposant dit qu’il ne faut pas parler ainsi.
L’opposant fait valoir que les disciples connaissent eux aussi le possible et l’impossible, les résultats du kamma, les chemins menant aux diverses destinées, se remémorent leurs vies passées et connaissent le décès et la renaissance des êtres. Le Theravādin admet que les disciples peuvent connaître ces choses et, interrogé par paires, il admet à la fois que la connaissance du possible et de l’impossible est partagée avec les disciples et qu’elle ne l’est pas, sous des rapports différents. La connaissance des facultés supérieures et inférieures des êtres, il n’admet pas qu’elle soit partagée. Quant à la destruction des influx, il admet qu’il n’y a aucune différence entre le Tathāgata et un disciple.
L’Ariyantikathā qui suit demande si ces pouvoirs sont nobles, c’est-à-dire s’ils sont chemin, fruit, ou ont la vacuité pour objet. La réponse est que seule la connaissance de la destruction des influx l’est. Le texte n’explique pas longuement ses raisons ; le lecteur doit suivre les assentiments et les refus.
L’opposant admet que le pouvoir du Tathāgata est partagé par les disciples. Le Theravādin demande : ce pouvoir du Tathāgata est-il alors ce même pouvoir du disciple ? Le pouvoir du disciple est-il exactement semblable à celui du Tathāgata ? L’opposant dit qu’il ne faut pas parler ainsi. Le mot « partagé » doit être clarifié : identique en tout point, ou commun en partie ?
Quand vous dites que vous pouvez faire quelque chose aussi bien qu’un autre, demandez-vous encore : à tous égards, ou seulement à certains ? La réponse vous aide à vous évaluer plus justement.
Le Theravādin demande : l’effort antérieur d’un disciple, sa conduite antérieure, sa manière de parler du Dhamma et d’enseigner le Dhamma sont-ils exactement semblables à ceux du Tathāgata ? L’opposant ne peut l’admettre. Les différences de capacité sont ainsi liées à ce qui a été accumulé différemment.
Si vous vous sentez inférieur à côté d’un enseignant ou d’un aîné, souvenez-vous qu’il cultive depuis bien plus longtemps, et comparez-vous plutôt à celui que vous étiez il y a un an.
Le Theravādin demande : le Tathāgata est un Vainqueur, un Maître, un Parfaitement Éveillé, omniscient, qui voit tout, seigneur du Dhamma ; il fait naître un chemin non encore apparu, produit un chemin non encore produit, proclame un chemin non encore proclamé, connaît le chemin, comprend le chemin, est habile dans le chemin. Un disciple est-il ainsi ? L’opposant ne peut l’admettre.
Soyez reconnaissant envers ceux qui ont été les pionniers des connaissances et des méthodes que vous utilisez chaque jour. Suivre un chemin que quelqu’un a déjà ouvert est bien plus facile que de l’ouvrir soi-même.
Lorsque l’opposant admet que la connaissance des facultés supérieures et inférieures des êtres est partagée par les disciples, le Theravādin demande : un disciple est-il omniscient et voit-il tout ? L’opposant ne peut l’admettre. À la fin du débat, le Theravādin refuse lui aussi d’admettre que cette connaissance soit partagée avec les disciples.
Conseiller chaque personne d’une manière qui lui convient est une compétence très difficile. Si vous n’êtes pas sûr de bien comprendre quelqu’un, écoutez et posez des questions avant de conseiller.
L’opposant fait valoir qu’un disciple connaît le possible et l’impossible, les résultats du kamma entrepris dans le passé, le futur et le présent, les chemins menant à toutes les destinées, le monde avec ses nombreux éléments, les diverses inclinations des êtres, la souillure et la purification des jhāna, se remémore ses vies passées et connaît le décès et la renaissance des êtres. Le Theravādin admet chacun de ces points. Mais, interrogé par paires, il admet à la fois que la connaissance du possible et de l’impossible est partagée avec les disciples et qu’elle ne l’est pas. Le texte ne donne pas de raison, mais les réponses suggèrent que les disciples connaissent ces choses en partie, et non aussi pleinement que le Tathāgata. Ce point sert à la compréhension d’ensemble.
Connaître certaines choses n’est pas tout connaître. Quand vous parlez d’un sujet que vous ne connaissez qu’en partie, indiquez aussi les limites de votre savoir.
L’opposant demande : les influx du Tathāgata comme ceux du disciple n’ont-ils pas été détruits ? Y a-t-il une différence entre la destruction des influx du Tathāgata et celle du disciple, ou entre une délivrance et une autre délivrance ? Le Theravādin répond qu’il n’y en a aucune, et admet donc que la connaissance de la destruction des influx est partagée avec les disciples.
Le but de la pratique n’est pas réservé à des êtres exceptionnels. La libération de la souffrance que le Bouddha a atteinte peut aussi être atteinte par ceux qui le suivent. Que cela vous encourage.
Dans l’Ariyantikathā, l’opposant admet que la connaissance du possible et de l’impossible est noble. Le Theravādin demande : est-elle chemin, fruit, Nibbāna, facteur d’Éveil ? A-t-elle la vacuité pour objet ? Si oui, le Tathāgata considère-t-il à la fois le possible et l’impossible et la vacuité au même moment, ce qui supposerait la rencontre de deux contacts et de deux esprits ? L’opposant ne peut l’admettre. Ce point sert à la compréhension d’ensemble.
Quand vous essayez de faire deux choses à la fois, l’esprit passe de l’une à l’autre, sans être pleinement à aucune. Pour un travail qui demande de l’attention, essayez de faire une seule chose à la fois.
L’opposant demande si la connaissance de la destruction des influx est noble, avec pour objet la vacuité, le sans-signe et le sans-désir. Le Theravādin l’admet. Mais, lorsqu’on lui demande si la connaissance du possible et de l’impossible, ou celle de la mort et de la renaissance, est elle aussi ainsi, il ne l’admet pas ; il n’admet pas non plus que la connaissance de la destruction des influx ne doive pas être appelée noble. La connaissance qui met fin aux souillures diffère ainsi des autres connaissances spéciales.
Ne mesurez pas le progrès spirituel à des capacités spéciales ou à des connaissances inédites. Mesurez-le à l’allègement de l’avidité, de la haine et de l’illusion.
Ce débat remet maître et élève dans leurs justes proportions. Un élève qui pratique jusqu’à ce que les souillures disparaissent atteint une délivrance en rien inférieure à celle du maître. Mais la capacité de découvrir un chemin nouveau, de connaître les facultés de nombreuses personnes et d’enseigner de façon complète ne vient pas automatiquement avec cette délivrance.
La vie professionnelle est semblable. Nous pouvons accomplir le cœur du travail aussi bien que notre responsable, sans avoir pour autant une vision aussi large. Voir clairement où nous sommes égaux et où nous différons encore nous évite d’être trop effacés ou trop orgueilleux.
Le débat nous rappelle aussi que les connaissances spéciales, comme se remémorer ses vies passées ou connaître la mort et la renaissance des êtres, ne sont pas la même chose que la sagesse qui met fin aux souillures.
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