Une aiguille, des sandales et un éventail de palme : les Apadāna de ceux qui voient ce qui manque à autrui
Vie quotidienne

Une aiguille, des sandales et un éventail de palme : les Apadāna de ceux qui voient ce qui manque à autrui

Gimhaṃ nibbāpanatthāya

Des apadāna de personnes qui donnèrent de petites choses du quotidien répondant à un besoin réel : des aiguilles pour coudre les robes, un bol d’argile façonné par le potier lui-même, des sandales ôtées de ses propres pieds en voyant le Bouddha marcher pieds nus, un éventail de palme à la saison chaude, et un oreiller offert des deux mains.

6 points

Dans l’Apadāna du Khuddaka Nikāya, la plupart des offrandes sont des fleurs, des fruits et des lampes. Mais un groupe de stances des Anciens parle d’ustensiles ordinaires : une aiguille, un bol, des sandales, un éventail et un oreiller. Certaines disent clairement à quoi servait le don — des aiguilles pour coudre les robes, un éventail pour soulager la chaleur de la saison chaude, qui donne son titre à cette page.

Cette page puise dans le Nāgasamāla Vagga (8e), le Sudhā Vagga (10e), le Hatthi Vagga (22e), le Suvaṇṇabibbohana Vagga (28e), le Naḷamāli Vagga (48e) et le Kaṇikāra Vagga (51e). Certains narrateurs étaient des artisans qui donnèrent quelque chose issu de leur propre métier.

Certaines stances décrivent les résultats ainsi : celui qui donna des sandales jouit de véhicules divins, celui qui donna un bol mangea dans des plats d’or et d’argent. C’est le langage de louange propre à ce recueil ; il ne faut pas le lire à rebours, comme si ceux qui manquent de choses aujourd’hui étaient des gens qui n’ont jamais donné. Ce qui vaut la peine d’être retenu, c’est le regard du donateur, capable de voir ce qui manquait à l’autre.

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    Cinq aiguilles pour coudre les robes Pañca sūcī mayā dinnā

    Sūcidāyaka Thera (Nāgasamāla Vagga, 8e) raconte qu’il donna cinq aiguilles au Bouddha Sumedha, pour coudre les robes. La stance relie de façon intéressante les aiguilles à la sagesse : grâce à ce don d’aiguilles, une connaissance qui voit les sens subtils — aiguë, rapide et aisée — naquit en lui. C’est l’imagerie de la stance, non l’affirmation que des aiguilles rendent intelligent.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Les petites choses qui permettent aux autres de réparer leurs propres affaires — une trousse de couture, un tournevis, une trousse de premiers secours — sont des dons qui durent plus longtemps que ce qui s’épuise d’un coup.

  2. 2

    Un orfèvre et une seule aiguille Sūcidāyakattherāpadānaṃ

    Un autre Sūcidāyaka Thera (Sudhā Vagga, 10e) raconte qu’il était orfèvre dans la cité de Bandhumā et qu’il donna une aiguille au Bouddha Vipassī. La stance compare sa connaissance à un diamant — le même genre d’image que dans le récit précédent, où quelque chose d’aigu est comparé à une sagesse aiguë. Un orfèvre qui fabriquait des objets précieux pour gagner sa vie choisit de donner une petite chose réellement utile.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Ceux qui travaillent avec des choses coûteuses n’ont pas toujours besoin de donner des choses coûteuses. Demandez-vous ce que l’autre utilisera tous les jours, et donnez cela.

  3. 3

    Un bol d’argile que le potier façonna avec soin Ekapattadāyakattherāpadānaṃ

    Ekapattadāyaka Thera (Kaṇikāra Vagga, 51e) était potier dans la cité de Haṃsavatī. Il vit le Bouddha, libre de la poussière des souillures, et lui offrit un bol d’argile bien façonné. La stance le compare à une petite graine semée dans un bon champ quand la pluie tombe en sa saison. Le potier n’alla pas acheter quelque chose à offrir ; il donna une chose issue de son propre métier et la fit aussi bien qu’il le pouvait.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Si vous avez un savoir-faire, donnez le fruit de ce savoir-faire plutôt que d’acheter quelque chose de tout fait — et faites-le aussi bien que pour un client qui paie.

  4. 4

    Des sandales ôtées de ses propres pieds Pānadhidāyakattherāpadānaṃ

    Pānadhidāyaka Thera (Naḷamāli Vagga, 48e) avait chaussé des sandales bien faites et s’était mis en route quand il vit le Bienheureux Anomadassī marcher pieds nus sur le chemin. Il rendit son esprit confiant, ôta ses sandales, les plaça aux pieds du Bouddha et l’invita à les chausser. Le Bouddha le fit et dit que cet homme lui avait donné des sandales de ses deux mains, avec un esprit confiant. Dans le Hatthi Vagga (22e), il y a un autre Pānadhidāyaka Thera qui donna des sandales au Bienheureux méditant dans la forêt.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Remarquez les personnes à qui manque ce que vous tenez en ce moment même — un parapluie un jour de pluie, une veste dans une salle glaciale à cause de la climatisation. Ce que vous pouvez donner immédiatement, c’est ce que vous utilisez sur le moment.

  5. 5

    Un éventail de palme à la saison chaude Tālavaṇṭadāyakattherāpadānaṃ

    Tālavaṇṭadāyaka Thera (Hatthi Vagga, 22e) donna un éventail de palme au Bouddha Tissa pour soulager la chaleur de la saison chaude et en apaiser la fièvre. La stance poursuit par une image : il éteignit complètement le feu de la passion, le feu de la haine et le feu de l’illusion, plus brûlants que cette chaleur. Un petit don pour se rafraîchir est placé à côté de l’extinction des feux intérieurs.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Allumez un ventilateur, tendez un verre d’eau fraîche, ou invitez à l’ombre quelqu’un qui se tient en plein soleil. Par forte chaleur, aider quelqu’un à se rafraîchir est l’un des dons qui répondent le plus exactement à un besoin.

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    Un siège et un oreiller des deux mains Suvaṇṇabibbohaniyattherāpadānaṃ

    Suvaṇṇabibbohaniya Thera (Suvaṇṇabibbohana Vagga, 28e) dit brièvement qu’avec un esprit confiant il offrit un siège et donna un oreiller de ses deux mains. L’expression « de mes deux mains » revient dans de nombreux apadāna, dont le récit des sandales ci-dessus. Les stances s’intéressent non seulement à ce qui fut donné, mais à la manière dont ce fut donné.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Quand vous tendez quelque chose à une personne âgée ou à un invité, utilisez vos deux mains et remettez-le-lui en main propre plutôt que de le laisser sur la table. La manière de donner exprime le respect autant que la chose elle-même.

À essayer dans la vie quotidienne

Le don le plus utile n’est généralement pas le plus coûteux, mais celui qui répond au besoin du moment. Quelqu’un qui marche pieds nus a besoin de sandales ; quelqu’un assis au soleil a besoin d’un éventail. Avant de donner quoi que ce soit, regardez ou demandez ce qui manque réellement à la personne.

Les récits de l’orfèvre et du potier montrent que le savoir-faire que nous avons est ce que nous pouvons donner de mieux. Un réparateur donne des réparations, un cuisinier donne des repas, quelqu’un qui écrit bien aide à rédiger un document pour quelqu’un qui ne le peut pas.

Et le récit des sandales nous rappelle que, parfois, le don le plus approprié consiste à céder la chose même que nous utilisons — offrir la chaise sur laquelle vous êtes assis à quelqu’un qui ne tient plus debout.

Sources dans le Tipiṭaka

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