L’analyse des règles des moniales : la jalousie qui harcèle les plus douées
Pratique

L’analyse des règles des moniales : la jalousie qui harcèle les plus douées

Bhikkhuniyā sañcicca aphāsuṃ kareyya

Jalouse de Bhaddā Kāpilānī, plus estimée qu’elle, la moniale Thullanandā la dérangea délibérément, lui donna une chambre puis l’en chassa avec colère, et offrit de la nourriture à des artistes pour qu’ils fassent son éloge en public.

6 points

Le Bhikkhunīvibhaṅga, dans le volume 3 du Vinaya Piṭaka, rassemble les règles d’entraînement des moniales. Plusieurs récits d’origine montrent comment agit la jalousie, même chez une personne très savante. La leçon tient à ce comportement, que l’on retrouve dans chaque lieu de travail et dans chaque domaine.

La moniale Thullanandā était savante, éloquente, assurée et capable de donner des enseignements sur le Dhamma. La moniale Bhaddā Kāpilānī l’était aussi, mais elle était plus estimée, si bien que les gens rendaient visite d’abord à Bhaddā Kāpilānī et ensuite à Thullanandā. Envahie par la jalousie, Thullanandā marchait, se tenait debout, s’asseyait, s’allongeait, récitait et psalmodiait devant Bhaddā Kāpilānī pour la mettre mal à l’aise. Une autre fois, elle accepta de donner une chambre à Bhaddā Kāpilānī venue de Sāketa, mais plus tard, par jalousie, elle se mit en colère et l’en chassa de force.

Dans une autre règle, Thullanandā offrit de sa propre main de la nourriture à des danseurs, des acteurs, des acrobates et des tambourineurs, en leur demandant de faire son éloge en public. Une autre règle encore raconte une histoire semblable où elle offrit des robes à la place.

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    Aussi douées, mais on va d’abord voir l’autre Bhaddaṃ kāpilāniṃ paṭhamaṃ payirupāsitvā pacchā thullanandaṃ bhikkhuniṃ payirupāsanti

    Toutes deux étaient savantes, éloquentes, assurées et capables d’enseigner, mais Bhaddā Kāpilānī était plus estimée, si bien que les gens allaient la voir d’abord et Thullanandā ensuite. Le sentiment d’infériorité venait de l’ordre des visites, non du fait d’être ignorée.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Quand vous voyez quelqu’un recevoir de l’attention avant vous, remarquez ce que vous recevez encore avant d’avoir l’impression d’avoir tout perdu.

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    Un grand savoir n’empêche pas la jalousie Ayyā thullanandā bahussutā bhāṇikā visāradā

    Thullanandā elle-même était savante, éloquente et assurée, et pourtant ce savoir ne la protégea pas de la jalousie. Un savoir qui ne sert pas à affiner son propre esprit devient un instrument pour se comparer aux autres.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Plus vous êtes expert dans un domaine, plus vous devez surveiller votre ressentiment quand quelqu’un d’autre de ce domaine est loué.

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    Mettre délibérément quelqu’un mal à l’aise Bhikkhuniyā sañcicca aphāsuṃ kareyya

    Sachant que Bhaddā Kāpilānī aimait l’isolement, Thullanandā marchait, se tenait debout, s’asseyait, s’allongeait, récitait, faisait réciter d’autres et psalmodiait devant elle. L’analyse de la règle explique « délibérément » comme : en sachant, en étant consciente, avec intention, et en transgressant.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Remarquez les petites choses faites pour agacer quelqu’un que vous n’aimez pas, comme mettre le son fort ou ignorer ses messages de travail, et cessez.

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    Demander d’abord n’est pas du harcèlement Anāpatti na aphāsuṃ kattukāmā āpucchā

    L’exception est la moniale qui ne cherche pas à causer de gêne et qui demande la permission avant de marcher, se tenir debout, s’asseoir ou psalmodier devant une autre : elle ne commet pas de faute. Le même acte diffère selon l’intention et les égards.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Quand vous partagez une chambre ou un bureau, prévenez les autres avant de prendre un appel ou de faire quelque chose qui pourrait les déranger.

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    Donner, puis reprendre avec colère Upassayaṃ datvā kupitā anattamanā nikkaḍḍheyya

    Bhaddā Kāpilānī demanda une chambre pour pouvoir se rendre de Sāketa à Sāvatthī. Thullanandā accepta et lui en donna une, mais quand les gens continuèrent d’estimer davantage Bhaddā, elle se mit en colère, contrariée, et la chassa de force de la chambre. Une bonté déjà accordée fut retirée par la jalousie.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Si vous avez un jour aidé quelqu’un qui a désormais plus de succès que vous, ne retirez pas votre aide simplement parce que vous vous sentez dépassé.

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    S’acheter des éloges Mayhaṃ parisati vaṇṇaṃ bhāsatha

    Thullanandā offrit de sa propre main de la nourriture à des danseurs, des acteurs, des acrobates et des tambourineurs, en leur disant : « Faites mon éloge dans l’assemblée. » Ils proclamèrent alors qu’elle était savante et pressèrent les gens de lui faire des dons.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Ne payez pas pour des avis, n’achetez pas d’abonnés et ne demandez pas aux gens de vous louer en échange de faveurs. Une réputation achetée ne dit rien de qui vous êtes vraiment.

À essayer dans la vie quotidienne

La jalousie dont il s’agit ici ne vient pas d’un grand retard, mais du fait d’être presque aussi bon et de voir les autres choisir l’autre personne en premier — une situation courante au travail, entre amis et sur les réseaux sociaux.

La jalousie mène dans deux directions : mettre l’autre mal à l’aise, et tenter d’acheter des éloges pour soi. Ni l’une ni l’autre ne rend meilleur.

Le remède commence par reconnaître honnêtement le sentiment de jalousie, puis par mettre à profit les capacités que l’on a déjà plutôt que de rivaliser pour attirer l’attention.

Sources dans le Tipiṭaka

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