Le cuisinier attentif à ce qu’aime son maître
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Cakkavākajātakaṃ
Un corbeau avide pensait que le tadorne était beau parce qu’il mangeait de beaux poissons. Le tadorne répondit qu’il ne mangeait que des plantes aquatiques ; son éclat venait de ce qu’il ne faisait de mal à personne et n’avait personne à craindre. Celui qui ne fait pas de mal et a de la bienveillance n’a d’inimitié avec personne.
Dans le Jātaka Cakkavāka du Dasakanipāta du Jātaka, Khuddaka Nikāya, les stances sont une conversation entre un corbeau et un tadorne (cakkavāka). Le corbeau loue la belle couleur du tadorne et son visage éclatant, et suppose qu’il doit manger toutes sortes de poissons sur la rive du Gange. Le tadorne répond qu’il ne mange que des algues et des herbes aquatiques. Le corbeau ne le croit pas, puisque lui-même mange au village des aliments assaisonnés de sel et d’huile ainsi que de la viande, et que pourtant sa couleur n’est pas aussi belle.
Le tadorne explique que le corbeau fait du mal aux autres, qu’il doit donc sans cesse guetter l’inimitié que les autres lui portent et qu’il mange dans la peur ; la nourriture obtenue par de mauvaises actions ne rassasie pas. Le tadorne, lui, ne fait de mal à aucun être vivant, a peu de soucis, aucune méfiance et rien à craindre, et il conseille au corbeau d’abandonner ses mauvaises habitudes. La dernière stance dit que celui qui ne tue pas ni ne fait tuer, ne ruine pas les biens d’autrui ni ne les fait ruiner, et a de la bienveillance pour tous les êtres, n’a d’inimitié avec personne.
Le récit d’introduction provient du commentaire. Le Bouddha raconta cette histoire au sujet d’un moine qui n’était jamais satisfait de ses objets de première nécessité et allait de-ci de-là chercher où l’on offrait des repas au Saṅgha ou des invitations. Jadis, un corbeau, insatisfait des charognes de Bārāṇasī, s’envola vers la forêt et rencontra un couple de tadornes. Quand l’enseignement fut terminé, le corbeau se plaignit que le tadorne ne voulait pas lui dire ce qu’il mangeait, et repartit d’où il était venu. Dans l’identification du commentaire, le corbeau était ce moine et le tadorne était le Bodhisatta.
Les stances commencent par le corbeau qui loue la belle couleur du tadorne, sa belle apparence et son visage éclatant, et suppose qu’il doit manger de bons poissons sur la rive du Gange. Le commentaire dit que le corbeau pensait que s’il mangeait la même nourriture, il aurait lui aussi une belle couleur.
Quand vous voyez quelqu’un qui semble heureux ou qui réussit, ne vous précipitez pas pour copier seulement ce qu’il utilise ou mange. Regardez plus profondément comment il vit et comment il traite les autres.
Le tadorne répond sincèrement qu’il ne mange que des algues et des herbes aquatiques. Le corbeau réplique qu’il ne le croit pas, puisque lui-même mange au village des aliments assaisonnés de sel, d’huile et de viande, et que pourtant sa couleur n’est pas comme celle du tadorne.
La réponse au bien-être est souvent si simple que nous ne voulons pas y croire : assez de sommeil, pas de dettes, pas de mensonges. Avant de chercher des secrets compliqués, mettez les bases en place.
Le tadorne dit : tu fais du mal aux êtres vivants, tu dois donc sans cesse guetter l’inimitié à ton égard ; même en mangeant, tu sursautes et tu as peur, et c’est pourquoi ta couleur est ainsi. Le commentaire explique que le corbeau doit sans cesse guetter les rancunes qui naissent dans l’esprit des autres.
Si votre esprit n’est pas en paix ces derniers temps, demandez-vous s’il y a quelqu’un dont vous avez profité ou que vous avez blessé. Présenter des excuses ou réparer peut vous aider à mieux dormir que n’importe quel comprimé.
Le tadorne poursuit : le monde entier est contre toi, et la nourriture obtenue par de mauvaises actions ne te nourrit pas, c’est pourquoi ta couleur est ainsi. Le commentaire dit que ce corbeau n’était pas satisfait même des carcasses d’éléphants de Bārāṇasī, et devait donc encore s’envoler en quête d’autre chose.
Remarquez comme les revenus ou les biens obtenus de manière malhonnête tendent à vous faire désirer toujours plus sans que ce soit jamais assez. Tracez pour vous-même une limite de ce que vous ne prendrez pas, aussi facile que ce soit.
Le tadorne dit qu’il ne fait de mal à aucun être vivant, a peu de soucis, n’est l’objet du ressentiment de personne, n’est pas abattu et n’a rien à craindre de quelque côté que ce soit.
Simplifiez un domaine de votre vie, par exemple en renonçant à une compétition inutile ou à l’achat de choses bon marché uniquement parce que d’autres sont exploités pour les fabriquer. Avoir moins de soucis allège vraiment l’esprit.
Le tadorne conseille au corbeau : fais effort, abandonne ta mauvaise conduite habituelle, va par le monde sans nuire, et tu seras aimé comme je le suis. Le commentaire explique que le pouvoir (ānubhāva) dont il est question ici est l’effort personnel.
Les vieilles habitudes ne disparaissent pas parce que nous savons qu’elles sont mauvaises ; elles s’estompent parce que nous pratiquons quelque chose de nouveau encore et encore. Choisissez une habitude nuisible, comme les remarques sarcastiques, et travaillez à la changer un jour à la fois.
La dernière stance dit que celui qui ne tue pas ni ne fait tuer, ne ruine pas les biens d’autrui ni ne les fait ruiner, et a de la bienveillance pour tous les êtres, n’a d’inimitié avec personne.
Examinez à la fois ce que vous faites vous-même et ce que vous dites ou poussez les autres à faire, comme inciter un ami à réprimander quelqu’un à votre place. L’absence d’inimitié doit couvrir les deux.
Le corbeau représente une pensée que nous avons tous : voir quelqu’un qui a bonne mine, supposer qu’il doit obtenir quelque chose de mieux, puis chercher un raccourci extérieur, alors que ce qui rend l’esprit lumineux peut ne rien coûter du tout : ne pas avoir à éviter le regard de qui que ce soit.
L’histoire ne dit pas que les vrais corbeaux sont de mauvais animaux, et ce n’est pas un enseignement sur l’alimentation. Le propos porte sur l’avidité et le fait de nuire. Remarquez comme l’argent ou les biens obtenus en profitant des autres s’accompagnent souvent de la crainte d’être découvert, tandis que ce qui est gagné honnêtement, même peu, peut être apprécié l’esprit tranquille.
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