Anupubbābhisamaya Kathā : la réalisation vient-elle morceau par morceau ou tout d’un coup ?
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Mahāsīlavajātakaṃ
Le roi Sīlava refusa de laisser ses soldats combattre un envahisseur et fut enterré jusqu’au cou dans un charnier ; il enseigna pourtant à ses ministres à cultiver la bienveillance, puis, par sa présence d’esprit et son effort, les ramena tous vivants. La stance enseigne que le sage doit continuer d’espérer et ne pas perdre courage.
Dans le Jātaka Mahāsīlava de l’Ekanipāta des Jātaka, dans le Khuddaka Nikāya, se trouve une seule stance : le sage doit continuer d’espérer et ne pas perdre courage ; je me vois moi-même comme exemple : ce que j’ai souhaité s’est accompli.
L’histoire provient du commentaire. Le Bodhisatta était le roi Sīlava de Bārāṇasī, qui régnait selon le Dhamma, avait fondé six salles d’aumônes et était plein de patience, de bienveillance et de compassion. Un ministre qui avait commis une faute dans la maison royale fut banni, et alla pousser le roi de Kosala à s’emparer de Bārāṇasī. Le roi de Kosala envoya des hommes piller des villages frontaliers pour le mettre à l’épreuve, mais le roi Sīlava donna de l’argent aux brigands qui avaient pillé parce qu’ils n’avaient rien à manger. Quand l’armée de Kosala arriva, mille guerriers demandèrent à combattre, mais le roi l’interdit, disant qu’il ne voulait pas que quiconque souffre à cause de lui, et fit ouvrir les portes de la ville.
Le roi de Kosala le fit enterrer jusqu’au cou avec ses ministres dans un charnier. Le roi Sīlava dit à ses ministres de cultiver la bienveillance et de ne nourrir aucune malveillance envers l’envahisseur. Quand des chacals vinrent dans la nuit, il usa de son intelligence jusqu’à ce que la terre se desserre, se dégagea et libéra tout le monde. Le commentaire raconte ensuite un prodige où des yakkhas le transportèrent dans la chambre de l’envahisseur. Touché par sa vertu, l’envahisseur demanda pardon et rendit le royaume, et le roi Sīlava prononça cette stance. Le commentaire dit que le Bouddha raconta cette histoire à un moine qui avait relâché son effort.
Dans le commentaire, quand les brigands qui avaient pillé les villages frontaliers furent pris, le roi Sīlava leur demanda pourquoi ils l’avaient fait. Apprenant qu’ils n’avaient rien à manger, il leur demanda pourquoi ils n’étaient pas venus le trouver, puis leur donna de l’argent et les laissa partir.
Quand quelqu’un vous fait du tort, informez-vous de la cause avant de juger. Parfois, un problème se résout en aidant à sa racine plutôt que par la seule punition.
Dans le commentaire, les mille guerriers demandèrent plusieurs fois à partir au combat, et chaque fois le roi Sīlava refusa, disant qu’il ne voulait pas que d’autres souffrent à cause de lui ; si le roi de Kosala voulait le royaume, qu’il vienne le prendre.
Avant d’entrer dans un conflit, demandez-vous qui en sera affecté, comme vos enfants, votre équipe ou vos amis. Certaines batailles peuvent être laissées de côté sans entraîner votre entourage dans le malheur.
Dans le commentaire, enterré jusqu’au cou dans le charnier, le roi Sīlava exhorta tous ses ministres à ne cultiver que la bienveillance et à ne nourrir aucune malveillance envers l’envahisseur. Le commentaire dit que pas un seul ministre ne lui désobéit.
Quand on profite de vous, distinguez deux choses : trouver une issue au problème, et nourrir la rancune. Mettez tout votre effort dans la première, et déposez la seconde.
Dans le commentaire, des chacals vinrent à minuit. Le roi et les ministres les chassèrent plusieurs fois en criant, mais ils revenaient sans cesse. Le roi saisit alors habilement le chacal de tête entre ses mâchoires ; l’animal se débattit et gratta la terre autour de lui jusqu’à ce qu’elle se desserre. Il lâcha le chacal, se dégagea et creusa la terre pour que tous ses ministres puissent sortir.
Dans une crise, prenez un temps pour regarder ce qui, dans la situation, pourrait servir d’issue. Même une chose qui paraît dangereuse peut être le point de départ d’une solution.
Dans le commentaire, quand le roi de Kosala apprit toute l’histoire, il fut bouleversé que lui, un être humain, n’ait pas reconnu la vertu du roi Sīlava alors que même des yakkhas l’avaient reconnue. Il demanda pardon devant l’assemblée, rendit le royaume et promit de le protéger contre les brigands.
L’intégrité gardée le jour où l’on vous fait du tort est souvent ce qui vous vaut plus tard le respect de l’autre partie. N’abandonnez pas vos principes simplement parce que l’autre s’est mal conduit le premier.
La stance dit que le sage doit continuer d’espérer et ne pas perdre courage. Le commentaire explique : fondez votre espoir sur la force de votre propre effort, en pensant qu’en vous efforçant ainsi vous échapperez à cette souffrance, et ne coupez pas l’espoir en pensant que votre effort ne portera pas de fruit.
Quand vous voulez abandonner à mi-chemin, demandez-vous si vous êtes découragé parce que le chemin est vraiment impossible, ou parce que vous êtes fatigué. Si c’est la fatigue, reposez-vous, puis continuez pas à pas.
La stance se termine ainsi : je me vois moi-même comme exemple ; ce que j’ai souhaité s’est accompli. Le commentaire explique que, bien qu’il ait été réellement enterré dans une fosse, il échappa à la souffrance et retrouva son royaume grâce à l’effort.
Notez les moments où vous vous en êtes sorti alors que vous pensiez ne pas y arriver, et relisez-les les jours de découragement. Les preuves tirées de votre propre vie ont plus de poids que des paroles de réconfort générales.
On se souvient généralement de ce Jātaka comme d’une histoire de persévérance, mais la persévérance s’y accompagne d’un cœur sans rancune. L’effort du roi Sīlava ne visait pas la vengeance, mais à sortir de la fosse, lui et ceux qui y étaient piégés avec lui.
Dans la vie réelle, beaucoup se sont sentis enterrés jusqu’au cou : perte d’emploi, dettes, trahison par une personne de confiance. La stance ne promet pas que tout réussira. Elle dit que renoncer d’abord à l’espoir, c’est se fermer soi-même le chemin.
Le refus du roi de combattre appartient à l’histoire du Bodhisatta ; ce n’est pas un modèle disant que nous ne devrions pas nous protéger ni protéger les autres. La leçon utile est de ne pas laisser la colère prendre la décision.
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