Le Niddesa sur le Duṭṭhaṭṭhaka Sutta : quand on est calomnié, et quand on est tenté de se vanter
Vie quotidienne

Le Niddesa sur le Duṭṭhaṭṭhaka Sutta : quand on est calomnié, et quand on est tenté de se vanter

Duṭṭhaṭṭhakasuttaniddeso

L’explication du Duṭṭhaṭṭhaka Sutta par le Mahāniddesa : il y a deux façons de se laisser entraîner dans une accusation — en ayant commis l’acte, ou en réagissant avec colère. Elle distingue la vertu des observances, énumère ce dont les gens se vantent sans qu’on le leur demande, décrit trois sortes de paix et expose de nombreuses formes d’orgueil.

7 points

Le Duṭṭhaṭṭhaka Sutta Niddesa fait partie du Mahāniddesa du Khuddaka Nikāya, un ouvrage de style commentaire qui appartient lui-même au Tipiṭaka. Il explique mot à mot les stances de l’Aṭṭhaka Vagga du Sutta Nipāta. Cette section explique le Duṭṭhaṭṭhaka Sutta, qui commence ainsi : « Certains parlent l’esprit corrompu, d’autres, le croyant vrai, parlent de même ; mais le sage n’entre pas dans la dispute qui s’est élevée. »

Le Niddesa dit que ce blâme est une parole mensongère qui calomnie le Bouddha et le Saṅgha des moines. Il mentionne des adeptes d’autres sectes qui pensaient qu’en tuant l’ascète errante Sundarī et en proclamant les fautes des ascètes sakyans, ils regagneraient gains et renommée — mais c’est la perte de renommée qui est retombée sur eux.

Il examine ensuite les mots clés des stances suivantes : en quoi la vertu diffère des observances, ce dont les gens se vantent sans qu’on le leur demande, combien il existe de sortes de paix, ce que sont la tromperie et l’orgueil, et pourquoi personne ne peut trouver à redire à celui qui n’a aucune position sur laquelle s’appuyer.

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    Les malveillants blâment, et ceux qui les croient blâment avec eux Vadanti ve duṭṭhamanāpi eke

    Le Niddesa explique qu’il y a deux groupes de personnes qui blâment. Les premiers ont l’esprit frappé par la haine et le ressentiment, et ils blâment par des paroles mensongères. Les seconds n’ont eux-mêmes aucune malveillance, mais font confiance aux premiers, tiennent leurs propos pour vrais et authentiques, et blâment donc avec eux.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Avant de relayer une accusation contre quelqu’un, demandez-vous si vous n’êtes pas dans le second groupe — à croire à cause de qui l’a dit, et non parce que vous savez.

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    Deux façons d’être entraîné dans une accusation Vādañca jātaṃ muni no upeti

    Le Niddesa explique qu’une personne entre dans une dispute de blâme de deux façons : en ayant réellement commis l’acte, ou, une fois accusée, en se mettant en colère, en éprouvant du ressentiment et en rendant la pareille, affichant sa colère pour affirmer qu’elle n’a rien fait. Le sage n’y entre d’aucune de ces deux façons : il n’a pas commis l’acte, et, accusé, il ne se met pas en colère et ne riposte pas avec ressentiment.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Quand vous êtes accusé à tort, vous pouvez exposer les faits, mais remarquez si vous le faites avec colère. La colère affichée vous fait entrer tout entier dans l’affaire.

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    La vertu et les observances ne sont pas la même chose Yo attano sīlavatāni jantu

    Comme la stance suivante parle de quelqu’un qui proclame sa propre vertu et ses observances, le Niddesa explique d’abord ces termes. La retenue dans les règles d’entraînement est la vertu (sīla) ; l’engagement dans une pratique est une observance (vata). Certaines choses sont à la fois vertu et observance ; d’autres sont des observances mais non une vertu, comme les huit pratiques ascétiques — vivre en forêt, ne manger que la nourriture reçue en aumône, porter des robes faites de chiffons — ou la résolution de ne pas se lever de son siège avant que l’esprit soit libéré.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Distinguez les principes que vous devez respecter — ne pas nuire, ne pas tricher, ne pas mentir — des pratiques supplémentaires que vous choisissez d’adopter. Ces dernières sont utiles, mais elles ne servent pas à mesurer qui vaut mieux que qui.

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    Se vanter sans qu’on le demande Anariyadhammaṃ kusalā tamāhu

    La stance dit que celui qui, sans qu’on le lui demande, parle aux autres de sa propre vertu et de ses observances est dit, par les gens avisés, dépourvu du noble Dhamma. Le Niddesa donne une longue liste de ce dont les gens se vantent : la vertu, les observances, la naissance, le clan, la beauté, la richesse, le métier, l’artisanat, l’instruction, la vivacité d’esprit, la renommée, les gains, la mémorisation des discours et du Vinaya, l’observance des pratiques ascétiques, et même l’atteinte des jhāna et des accomplissements sans forme. Le moine apaisé ne se vante pas de sa vertu en disant « Voilà ce que je suis », et les gens avisés disent qu’il possède le noble Dhamma.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Pendant une journée, remarquez dans vos conversations ou vos publications combien de fois vous mentionnez votre bonté ou votre réussite sans que personne ne l’ait demandé. Inutile de vous l’interdire complètement, mais soyez conscient de l’envie d’être vu.

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    Trois sortes de paix Tannissito kuppapaṭiccasantiṃ

    La stance dit que celui qui tient à des vues s’appuie sur une paix qui peut être ébranlée. Le Niddesa distingue trois sortes de paix : la paix ultime, qui est le Nibbāna ; la paix partielle, le calme limité propre à chaque jhāna, comme l’apaisement des obstacles dans le premier jhāna ; et la paix conventionnelle, le calme obtenu grâce aux vues — c’est celle dont parle cette stance. Ce genre de paix est fabriqué, impermanent et peut être troublé.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Le confort d’avoir des réponses toutes faites, ou d’appartenir à un groupe où l’on pense pareil, est une paix fragile ; une seule objection et elle tremble. Remarquez de quoi dépend votre propre paix.

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    La tromperie et les nombreuses couches de l’orgueil Māyañca mānañca pahāya dhono

    Le Niddesa explique la tromperie comme le fait de mal agir puis de le cacher délibérément — « que personne ne le sache » — en actes, en paroles et en pensées. Il expose l’orgueil sous des formes numérotées d’une à dix, comme se croire supérieur, égal ou inférieur aux autres ; l’orgueil né du gain, de la renommée, de la louange et du plaisir ; et même le sentiment d’infériorité qui accompagne la perte ou le blâme compte comme une forme d’orgueil. Le sage — le Niddesa appelle la sagesse dhonā, ce qui lave les souillures — abandonne à la fois la tromperie et l’orgueil.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Quand vous vous sentez inférieur après une critique ou une occasion manquée, reconnaissez que c’est aussi de l’orgueil, et non de l’humilité. Renoncer à la comparaison aide aussi bien quand vous vous sentez supérieur que quand vous vous sentez inférieur.

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    Rien de saisi, donc rien à reprocher Attaṃ nirattaṃ na hi tassa atthi

    La dernière stance dit que celui qui a une position entre dans les disputes, mais avec quoi pourrait-on critiquer celui qui n’en a pas ? Le Niddesa explique que ces deux positions sont le désir avide et les vues, et que quiconque a saisi quelque chose a aussi quelque chose à lâcher ; l’arahant est allé au-delà de la saisie comme du lâcher.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Plus vous tenez fermement à une image, à une position ou à une opinion, plus les autres ont de points où frapper. Demandez-vous si une critique fait mal parce qu’elle est vraie, ou parce qu’elle touche quelque chose auquel vous tenez.

À essayer dans la vie quotidienne

Cette section se lit comme un manuel pour faire face aux accusations et aux éloges. Le point à mettre en pratique tout de suite est de remarquer par quel côté vous êtes entraîné dans une affaire. Si vous n’avez rien fait, il reste à surveiller la colère qui veut rendre coup pour coup.

L’autre versant est la vantardise. La longue liste du Niddesa montre que l’on peut se vanter de tout, de sa famille, de sa richesse et de son instruction jusqu’à sa bonté et à ses accomplissements spirituels. Plus la chose est admirable, plus on s’en vante facilement sans s’en apercevoir.

Expliquer les faits quand on est accusé à tort reste permis, et parfois nécessaire. Le Niddesa ne dit pas qu’il faut se taire dans tous les cas, mais qu’il faut s’expliquer sans laisser la colère parler à sa place.

Sources dans le Tipiṭaka

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