Dhammasaṅgaṇī : garder les portes des sens et la modération dans la nourriture
Pratique

Dhammasaṅgaṇī : garder les portes des sens et la modération dans la nourriture

Indriyesu guttadvāratā ca bhojane mattaññutā ca

Le Dhammasaṅgaṇī définit les sens non gardés comme le fait de voir, d’entendre ou de percevoir, puis de saisir les signes et les détails, et la modération dans la nourriture comme le fait de manger avec réflexion, non pour s’amuser ni pour s’enivrer, avec en outre la paire de l’échec et de l’accomplissement dans la vertu.

6 points

Dans le Dhammasaṅgaṇī de l’Abhidhamma Piṭaka, les paires des Suttanta de la section du résumé (Nikkhepa) expliquent deux paires voisines : les portes des sens non gardées avec le manque de modération dans la nourriture, et les portes des sens gardées avec la modération dans la nourriture. La formulation est ici proche de celle qu’on trouve dans de nombreux discours.

Les sens non gardés, c’est voir une forme par l’œil et en saisir le signe et les détails, par lesquels la convoitise, le mécontentement et les états mauvais et malsains pourraient s’introduire, sans pratiquer la retenue. Le texte l’expose pour l’œil, l’oreille, le nez, la langue, le corps et l’esprit. La modération dans la nourriture, c’est manger avec une réflexion judicieuse.

Le texte explique dans le même passage la paire de l’échec et de l’accomplissement dans la vertu, qui figure donc aussi ici. L’application à la veille (jāgariyānuyoga), souvent enseignée avec ces deux points dans les discours, ne fait pas partie des paires du Dhammasaṅgaṇī.

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    Non gardés : saisir les signes et les détails Nimittaggāhī hoti anubyañjanaggāhī

    Quelqu’un voit une forme par l’œil et en saisit le signe et les détails. La convoitise, le mécontentement et les états mauvais et malsains pourraient s’introduire parce que l’œil n’est pas retenu, et pourtant il ne pratique pas la retenue et ne garde pas l’œil. Il en va de même pour entendre les sons, sentir les odeurs, goûter les saveurs, toucher et connaître les objets mentaux. Ne pas garder, ne pas protéger et ne pas retenir ces six facultés, voilà ce qu’on appelle les portes des sens non gardées.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Remarquez quand, en faisant défiler un fil d’actualité, l’esprit « reste coincé » sur une image ou une publication jusqu’à ce que naisse l’envie ou le ressentiment. C’est le moment où la porte est grande ouverte sans personne pour la surveiller.

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    Gardés : monter la garde à la porte Indriyesu guttadvāratā

    Le contraire : voir une forme par l’œil sans en saisir le signe ni les détails, pratiquer la retenue, garder l’œil et parvenir à la retenue de l’œil, et de même pour l’oreille, le nez, la langue, le corps et l’esprit. Garder, protéger et retenir ces six facultés, voilà ce qu’on appelle les portes des sens gardées.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Mettez en place deux ou trois points de contrôle, comme ne pas ouvrir les applications d’achat quand vous êtes stressé, ou désactiver les notifications qui ont tendance à entraîner l’esprit vers l’irritation.

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    Le manque de modération dans la nourriture Bhojane amattaññutā

    Quelqu’un mange sans réflexion judicieuse, pour s’amuser, pour s’enivrer, pour se parer, pour embellir le corps. Le mécontentement, le manque de modération et le manque de réflexion dans cette manière de manger, voilà ce qu’on appelle le manque de modération dans la nourriture.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Avant de prendre un en-cas entre les repas, demandez-vous brièvement : « Ai-je vraiment faim, ou suis-je en train de m’ennuyer, stressé, ou simplement tenté parce que je le vois ? »

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    La modération : manger dans un but Bhojane mattaññutā

    Quelqu’un réfléchit de façon judicieuse et mange, non pour s’amuser, s’enivrer, se parer ou s’embellir, mais seulement pour entretenir ce corps, le maintenir en vie, mettre fin à l’inconfort et soutenir la vie sainte. Le contentement, la modération et la réflexion dans cette manière de manger, voilà ce qu’on appelle la modération dans la nourriture.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Avant un repas principal, faites une pause le temps d’une respiration et considérez quel bien ce repas vous donnera la force d’accomplir aujourd’hui.

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    Ne pas faire naître de nouvelles sensations Purāṇañca vedanaṃ paṭihaṅkhāmi navañca vedanaṃ na uppādessāmi

    Dans la même réflexion, celui qui mange avec modération pense : « Je mettrai fin à l’ancienne sensation de faim et ne ferai pas naître de nouvelle sensation ; j’aurai la continuité de la vie, l’irréprochabilité et une vie à l’aise. » Manger juste assez, c’est ne pas rester affamé sans pour autant souffrir d’avoir trop mangé.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Arrêtez de manger quand vous sentez que « c’est assez », et non quand vous êtes « plein à craquer », et remarquez si vous vous sentez plus léger et travaillez mieux cet après-midi-là.

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    L’échec et l’accomplissement dans la vertu Sīlasampadā

    L’échec dans la vertu (sīlavipatti) est la transgression par le corps, par la parole, et par les deux ; toute immoralité compte comme échec dans la vertu. L’accomplissement dans la vertu (sīlasampadā) est la non-transgression par le corps, par la parole, et par les deux ; toute retenue par la vertu compte comme accomplissement dans la vertu.

    L’appliquer dans la vie quotidienne

    Garder les sens est la première ligne de défense, avant la vertu. Si vous surveillez l’esprit au moment de voir et d’entendre, vous n’aurez pas à vous retenir au moment où vos mains ou votre bouche s’apprêtent à transgresser.

À essayer dans la vie quotidienne

Aujourd’hui, les portes des sens sont ouvertes en permanence par les écrans. Garder les sens, en ce sens, ne consiste pas à fermer les yeux, mais à ne pas laisser l’esprit s’accrocher aux « signes » et aux « détails » jusqu’à ce que le désir avide ou l’irritation s’introduise.

Il en va de même pour la nourriture. Le texte n’enseigne pas à se priver de manger, mais à se demander, avant de manger, pourquoi on mange : pour entretenir le corps et le garder capable de faire le bien, ou pour s’amuser et s’enivrer.

La réflexion sur la nourriture du texte est proche de la stance que récitent les moines pour réfléchir avant de manger. Les laïcs peuvent l’adapter. Toute personne souffrant d’un trouble alimentaire ou d’une affection qui exige un régime particulier devrait aussi consulter un médecin ou un diététicien.

Sources dans le Tipiṭaka

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