Les stances de Sāriputta : ne pas se réjouir de la mort, ne pas se réjouir de la vie
SāriputtattheragāthāLes stances de Sāriputta, depuis le fait de s’arrêter quatre ou cinq bouchées avant d’être rassasié et de boir…
Appena bahuṃ jeyyāma
Un singe qui tient une poignée de pois en laisse tomber un, jette tous les autres pour le chercher et finit sans rien. Les stances avertissent que les très avides, de la même façon, perdent beaucoup pour un peu.
Dans le Jātaka Kaḷāyamuṭṭhi du Dukanipāta des Jātaka, dans le Khuddaka Nikāya, se trouvent deux stances. La première, adressée au roi, dit que ce singe qui cherche sa nourriture parmi les branches est un sot sans sagesse : il a jeté toute une poignée de pois (kaḷāya) et cherche le seul pois tombé à terre. La seconde dit : ainsi en est-il de nous, et des autres qui sont très avides ; nous perdons beaucoup pour un peu, comme le singe a perdu tous ses pois pour un seul.
L’histoire provient du commentaire. Le Bodhisatta était un ministre qui donnait des conseils sur le Dhamma au roi de Bārāṇasī. Quand des troubles éclatèrent à la frontière, le roi partit avec son armée bien que ce fût la saison des pluies, et campa dans le parc royal. Des soldats mirent des pois pour les chevaux dans une auge. Un singe descendit, s’en remplit la bouche, en prit aussi une poignée et grimpa dans un arbre pour manger. Quand un pois lui glissa de la main, il laissa tomber tous les autres pour le chercher et, ne le trouvant pas, remonta s’asseoir, maussade, sur une branche.
Le ministre compara cela au fait de marcher en campagne pendant la saison des pluies, quand la progression est difficile : on rechercherait un petit gain au prix de beaucoup d’hommes et d’animaux. Le roi fit donc demi-tour. Selon le commentaire, le Bouddha raconta cette histoire au roi Pasenadi de Kosala, qui s’apprêtait lui aussi à partir en campagne pendant la saison des pluies et s’était arrêté pour voir d’abord le Bouddha.
La stance dit que le singe a jeté toute la poignée de pois. Le commentaire dit qu’il avait des pois plein la bouche et plein la main, mais qu’il les laissa tous tomber parce qu’un seul pois était tombé.
Quand vous perdez quelque chose de petit, arrêtez-vous et regardez ce que vous avez encore entre les mains. Ne laissez pas un petit regret vous faire perdre tout ce que vous avez.
Le singe cherche le seul pois tombé à terre. Le commentaire dit qu’il ne put le trouver et remonta s’asseoir, abattu, sur une branche, comme quelqu’un qui aurait perdu mille procès.
Si vous avez manqué une occasion ou perdu de l’argent, fixez une limite claire au temps consacré aux regrets ou à la réparation, puis revenez à ce que vous pouvez encore faire.
La stance dit que ce singe n’a pas de sagesse. Le commentaire explique que les sots qui ne regardent pas la grande quantité mais seulement la petite agissent exactement comme ce singe.
Avant de décider d’une chose qui vous a contrarié, écrivez deux colonnes : ce que vous pouvez gagner et ce que vous risquez de perdre. Puis comparez-les honnêtement.
La seconde stance dit : ainsi en est-il de nous, et des autres qui sont très avides. Celui qui parle s’inclut lui-même et ne traite pas l’avidité comme le seul problème des autres.
Quand vous riez de l’avidité de quelqu’un aux informations ou sur les réseaux sociaux, demandez-vous aussi où vous abandonnez beaucoup pour gagner un peu.
La stance conclut que les très avides perdent beaucoup pour un peu, comme le singe qui a perdu tous ses pois pour un seul.
Ne vous brouillez pas avec des amis ou des proches pour une petite somme d’argent. La relation que vous perdez vaut généralement plus que l’argent que vous récupérez.
Le commentaire explique que le ministre compara le fait de partir en campagne pendant la saison des pluies, quand les ravins et les cours d’eau sont pleins, au fait de rechercher un petit gain à un moment inopportun tout en perdant beaucoup d’animaux et d’hommes.
Avant de lancer un projet ou un investissement, demandez-vous si le moment est bien choisi. Si les coûts sont anormalement élevés en ce moment, attendre le bon moment peut valoir davantage.
Dans le commentaire, le roi Pasenadi de Kosala tint à rendre visite au Bouddha avant de partir en campagne, pensant que si le départ devait mal tourner, le Bouddha le lui dirait. Le roi de l’histoire du passé écouta de même son ministre et fit demi-tour.
Quand vous devez prendre une décision importante alors que les émotions sont encore vives, appelez avant d’agir quelqu’un en qui vous avez confiance et qui vous parlera franchement.
L’image d’un singe qui jette une poignée pour un seul pois se retrouve souvent dans la vie réelle : se brouiller avec sa famille pour une petite somme, passer toute une journée à courir après une petite réduction, ou perdre un client fidèle en refusant de céder un peu.
La seconde stance mérite d’être remarquée, car le ministre ne se contente pas de dire « quel singe stupide » et de s’arrêter là. Il s’inclut lui-même : « ainsi en est-il de nous ». L’avidité qui ne voit que ce qui est juste devant nous est l’affaire de tous, pas seulement des autres.
L’histoire du commentaire enseigne aussi quelque chose sur le moment opportun. Même une chose qui vaut la peine d’être faite peut coûter plus qu’elle ne rapporte si elle est faite au mauvais moment, et prendre le temps de demander conseil avant de décider n’est pas une faiblesse.
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